mercredi 29 juin 2011

La proposition socialiste de lier le franc suisse à l’euro : futile et téméraire

Le parti socialiste veut que la Banque national suisse (BNS) empêche le franc suisse de s’apprécier (voir ici). C’est une mauvaise idée pour plusieurs raisons. La première est que la politique monétaire ne peut pas sur le long terme empêcher que le prix des produits suisses exprimés en euros augmente.

La crise de la zone euro va durer

La faiblesse de la zone euro va durer, car Sarkozy et Merkel ne veulent pas véritablement faire face à la crise avant leurs élections (voir ici), mais se contentent de repousser le problème en l’aggravant. Loin de résulter d’une surréaction du marché, l’appréciation du franc suisse face à l’euro est destinée à durer aussi longtemps que l’enlisement de la zone euro, c’est-à-dire au moins pour plusieurs années.

Si les prix en euros doivent augmenter, il vaut mieux que ce soit via une appréciation

Puisque l’enlisement de la zone euro est durable, la BNS ne peut pas aller contre ces fondamentaux. Elle pourrait bien sûr fixer le taux de change nominal, mais pour cela elle devrait émettre davantage de monnaie, ce qui augmenterait l’inflation : à long terme, les prix exprimés en monnaie étrangère des produits suisses augmenteront via une croissance des prix en francs suisses si l’on empêche que cela se fasse par une appréciation du franc suisse. Non seulement le but ne serait pas atteint, mais si les fondamentaux justifient une augmentation des prix des produits suisses par rapport à l’euro, alors il vaut mieux que cela se fasse via le taux de change que via l’inflation.

Risques de pertes pour la BNS

Pour fixer le taux de change, la BNS pourrait aussi acheter des euros pour faire monter l’euro, mais ce serait futile et téméraire. Car ce qu’elle pourrait acheter n’aurait qu’un impact limité puisque cela resterait faible en comparaison avec la demande globale d’euros. Et si l’euro continue de se déprécier la BNS ferait encore davantage de pertes, ce qui pourrait à terme menacer son fonctionnement.